Quand l’hypnose médicale entre au bloc opératoire
L’hypnosédation, mélange d’hypnose et de sédation, offre aujourd’hui un complément à l’anesthésie locorégionale et, dans certains cas, une alternative à l’anesthésie générale. En plus de réduire l’anxiété des patients, elle améliore leur confort à chaque étape de l’intervention. Comment fonctionne cette technique non médicamenteuse et quelle est sa véritable efficacité sur la douleur ? Nous vous proposons de le découvrir.
Qu’est-ce que l’hypnosédation ?
Définition de l’hypnose sous sédation
L’hypnosédation est une méthode d’anesthésie s’appuyant sur trois éléments :
- une anesthésie locale qui engourdit uniquement la zone opérée ;
- une sédation intraveineuse à faible dose, bien inférieure à celles d’une anesthésie générale, pour apaiser et diminuer la perception douloureuse ;
- un accompagnement hypnotique visant à induire une transe positive, c’est-à-dire un état de conscience modifié, centré et détaché du contexte médical.
Ce protocole est généralement réalisé par un médecin anesthésiste-réanimateur formé à l’hypnose afin de garantir la sécurité du patient et de pouvoir basculer vers une anesthésie générale si nécessaire. Les établissements hospitaliers proposant ce procédé fournissent des consultations de préanesthésie pour évaluer l’éligibilité et préparer la séance dans les meilleures conditions.
Une brève histoire de l’hypnose en anesthésie
Saviez-vous que l’hypnose dans les blocs opératoires n’est pas une invention moderne ? Dès 1830, Jules Cloquet et John Elliotson ont pratiqué des interventions chirurgicales sous hypnose isolée. Entre 1845 et 1851, le chirurgien écossais de l’armée des Indes, James Esdaile, a ensuite eu recours à l’hypnose sur environ 300 patients chirurgicaux.
Pourquoi l’hypnose a-t-elle été délaissée par la suite ? Tout simplement parce que deux découvertes sont venues ouvrir l’ère de l’anesthésie chimique : l’éther en 1846 et le chloroforme en 1847. Dès lors, la pratique de l’hypnose dans le monde chirurgical s’efface derrière les agents anesthésiques. Par ailleurs, le passage de Freud dans l’histoire placera l’hypnose dans le rayon d’outils de psychothérapie.
L’hypnose médicale restera sagement au second plan jusqu’en 1955, année où l’Association médicale britannique déclare qu’il y a une place pour elle en anesthésie. Depuis, l’hypnose en milieu hospitalier a connu des hauts et des bas, pour finalement trouver sa place comme une technique complémentaire, comme l’évoque la Société française d’anesthésie réanimation (Sfar) :
« l’hypnose ne peut être envisagée comme une technique se substituant à l’anesthésie générale, mais plutôt comme un adjuvant de l’anesthésie dont elle améliore la qualité dans certaines circonstances en particulier pour l’anesthésie locale ou locorégionale ».
Comment agit l’hypnose sur le cerveau ?

L’hypnose modifie la façon dont le cerveau traite l’information sensorielle et émotionnelle. Les études d’imagerie et les travaux cliniques montrent une modulation de réseaux cérébraux impliqués dans l’attention, l’évaluation émotionnelle et la perception de la douleur sous hypnose, en particulier le cortex cingulaire antérieur et des aires liées au traitement de la douleur et des émotions.
Ainsi, deux effets de l’hypnose se superposent :
- une redirection attentionnelle : l’hypnose focalise l’attention du patient sur une thématique choisie (souvenir réconfortant, visualisation apaisante, etc.), réduisant la disponibilité cognitive pour traiter les signaux aversifs ;
- une diminution de la composante affective de la douleur : au niveau cérébral, l’impact émotionnel est atténué, même si la détection sensorielle existe toujours.
La profondeur de la transe, la suggestibilité et la collaboration du patient influencent l’intensité de ces résultats. L’hypnose ne supprime pas magiquement la douleur, elle modifie la façon dont elle est vécue et intégrée par le cerveau. Par conséquent, l’anxiété diminue, tout comme l’inconfort peropératoire et la consommation d’analgésiques.
Comment se déroule une séance d’hypnose médicale en chirurgie ?
Une chirurgie sous hypnosédation suit un protocole encadré qui vise à garantir la sécurité tout en facilitant l’entrée en transe. Le parcours type comporte trois temps clés :
- la consultation préanesthésique ;
- la préparation et l’induction au bloc ;
- la gestion peropératoire et la sortie d’état hypnotique.
1. La consultation préanesthésique
Le médecin anesthésiste-réanimateur formé à l’hypnose médicale évalue l’éligibilité du patient en fonction du type d’intervention, des antécédents médicaux et de la compréhension du processus. Il choisit ensuite la stratégie hypnotique la plus adaptée.
2. La préparation et l’induction au bloc
Dans un premier temps, une surveillance standard est mise en place : ECG, saturation, tension, etc. Une perfusion est ensuite posée et une sédation intraveineuse administrée avec un dosage faible en complément d’une anesthésie locale de la zone concernée.
Dans un second temps, l’anesthésiste guide l’induction hypnotique à l’aide de la respiration ou de la musique pour centrer l’attention et instaurer un état de dissociation sécurisant. Pendant l’intervention, des repères convenus (un signe de la main, un froncement de sourcil, etc.) permettent de signaler tout inconfort.
3. La gestion peropératoire et la sortie d’état hypnotique
Si un inconfort survient, l’équipe médicale corrige d’abord localement (réinjection d’anesthésique local, ajustement de la sédation, etc.). La transition vers une anesthésie générale reste possible, même si elle reste rare.
En fin d’acte, l’anesthésiste invite le patient à réintégrer l’environnement et émet des suggestions positives pour la période postopératoire (récupération, sommeil, appétit, cicatrisation, etc.).

L’hypnosédation : une option pour tous les patients ?
Toutes les opérations chirurgicales peuvent-elles être réalisées avec hypnosédation ?
Malgré ses nombreux avantages, l’hypnosédation n’est pas universelle. Elle s’adapte surtout aux interventions superficielles ou peu profondes pour lesquelles une anesthésie locale suffit et où la coopération du patient est possible. Par exemple, la réalisation de chirurgie de surface, comme la mise en place de sites implantables ou de stimulateur cardiaque, la chirurgie des varices ou des hernies, des actes ambulatoires, ainsi que des actes urologiques ou des endoscopies.
Les chirurgies profondes, les procédures longues ou les situations d’urgence restent l’apanage de l’anesthésie générale. L’évaluation de la méthode revient au binôme anesthésiste-chirurgien.
Par ailleurs, l’efficacité de l’hypnosédation dépend de la motivation et de la coopération du patient. En effet, l’état hypnotique est facilité lorsque le patient se montre volontaire et rassuré par l’équipe. Si l’hypnose ne peut être induite ou si un inconfort apparaît, la redirection vers une anesthésie générale est toujours possible.
Quels sont les effets de l’hypnose postopératoire ?
L’hypnose utilisée en fin d’intervention s’oriente vers le vécu postopératoire. Les observations cliniques font régulièrement état d’une récupération plus sereine, d’une fatigue moindre et d’une réduction des nausées par rapport aux suites habituelles d’une anesthésie générale.
Ces effets se traduisent également par un réveil émotionnellement plus calme, une gêne diminuée face aux soins immédiats (bruits, manipulations, gestes techniques) et un sentiment de confort durant les premières heures.
Cette approche favorise aussi une relation plus apaisée entre le patient et l’équipe soignante, un facteur important pour la qualité de l’expérience postopératoire.

L’avenir de l’hypnosédation : vers des approches hybrides avec la réalité virtuelle
Si l’hypnosédation repose d’abord sur la relation entre le patient et le praticien, de nouvelles approches viennent aujourd’hui faciliter l’induction hypnotique et renforcer le sentiment de sécurité au bloc. Parmi elles, l’usage de la réalité virtuelle immersive.
En orientant l’attention du patient vers un scénario apaisant, les casques VR aident à entrer plus rapidement dans un état de dissociation comme le montrent de nombreuses études cliniques auxquelles nous contribuons.
Conçus en collaboration avec un comité scientifique exigeant, nos environnements thérapeutiques proposent des univers visuels et sonores spécifiquement pensés pour la relaxation médicale. Les scènes sont construites pour accompagner la respiration, réduire la charge émotionnelle et installer un état de calme durable.
L’intérêt d’associer le dispositif Healthy Mind à une hypnosédation réside notamment dans :
- la standardisation de l’immersion, qui facilite l’entrée en état hypnotique même chez les personnes peu habituées à la pratique ;
- la diminution de l’anxiété préopératoire, grâce à un contenu conçu pour les contextes médicaux et un matériel prêt-à-l’emploi ;
- le soutien du travail de l’anesthésiste, qui peut s’appuyer sur un environnement stable et cohérent pour guider ses suggestions hypnotiques ;
- l’accès à un effet anxiolytique et distractif sans mobiliser un personnel spécifiquement formé à l’hypnose ;
- l’engagement des patients grâce à l’aspect ludique et accessible.
Le Dr Christophe Rabuel, anesthésiste-réanimateur à l’hôpital Lariboisière – APHP, témoigne :
« La solution de réalité virtuelle immersive proposée par Healthy Mind a toute sa place dans l’arsenal thérapeutique, notamment en complément aux techniques pharmacologiques de sédation […]. La qualité immersive de l’environnement visuel et sonore, son réalisme, sa personnalisation en font un outil de haute qualité. »
L’hypnosédation n’est plus un simple mythe : les données cliniques et les retours d’équipes spécialisées montrent qu’il s’agit d’une option fiable et bénéfique. Son association avec des outils immersifs comme la réalité virtuelle thérapeutique Healthy Mind ouvre des perspectives d’accès et d’efficacité élargies. Vous souhaitez constater son potentiel par vous-même ? Demandez une démonstration.
Sources :
- Communiqué de la Société française d’anesthésie réanimation (Sfar), L’utilisation de l’hypnose par les anesthésistes-réanimateurs, juin 2011.
- Jean-Claude Lleu, Pierre Hamm, Laurent Jouffroy, Joëlle Lleu, Guy Hartmann, Radu Lupescu, Laure Pain, Hypnose en anesthésie : des origines à nos jours ?, Le Praticien en Anesthésie Réanimation, Volume 13, Issue 2, 2009, pages 145-150, ISSN 1279-7960.
- Faymonville EM, Mambourg HP, Joris J, Vrijens B, Fissette J, Albert A, Lamy M. Psychological approaches during conscious sedation. Hypnosis versus stress reducing strategies: a prospective randomized study. Pain. 1997 Dec;73(3):361-367. doi: 10.1016/S0304-3959(97)00122-X. PMID: 9469526.
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